La gestion du chien pendant le toilettage a un impact important sur sa qualité de vie. La façon dont nous interagissons avec le chien, la façon dont nous lui présentons des stimuli nouveaux ou aversifs, ou la façon dont nous gérons une situation de crise peuvent entraîner des changements dans le comportement du chien pendant et en dehors de notre séance de travail. C’est pourquoi une bonne gestion des animaux qui nous sont confiés est essentielle. Ce document offre des conseils qui vous permettront de gérer le chien en toute sécurité et en douceur, en donnant la priorité à son bien-être et en permettant de réduire les comportements agressifs et autres problèmes de comportement.

Cet article est destiné aux toiletteurs expérimentés qui souhaitent appliquer des méthodes de travail douces pour le toilettage. Cette méthode de travail n’utilise pas de colliers antiglisse ou d’autres colliers punitifs. Les corrections physiques ou verbales ne sont pas utilisées, et il n’est pas nécessaire de soumettre le chien pour obtenir les comportements souhaités. Au contraire, l’objectif est de créer une relation basée sur l’empathie et le respect, ce qui nous permet d’interagir avec un animal détendu, lucide et coopératif pendant la séance de toilettage.

Les conseils sont énumérés ci-dessous :

"L'objectif est de créer une relation basée sur l'empathie et le respect, ce qui nous permet d'interagir avec un animal détendu, lucide et coopératif pendant la séance de toilettage."

1. AVOIR DE L’EMPATHIE POUR LE CHIEN QUE VOUS TOILETTEZ

Pendant le toilettage, le chien est continuellement exposé à des stimuli sonores, chimiques et tactiles qui sont souvent peu familiers, inconfortables, voire douloureux. En outre, la personne qui effectue le toilettage est souvent un étranger pour le chien, ou quelqu’un avec qui le chien n’interagit que dans ce contexte. D’autre part, les salons de toilettage pour chiens disposent généralement de petits espaces fermés, où plusieurs chiens sont tenus en laisse ou dans des cages, sans possibilité de s’échapper et sans pouvoir choisir s’ils préfèrent ne pas être là. De plus, la plupart du temps, les chiens doivent faire face à ce processus seuls, sans propriétaire pour les soutenir, les sécuriser ou les guider. En outre, le toilettage implique souvent l’utilisation de méthodes de contention aversives, telles que les cordons d’étranglement, dont la fonction est souvent de corriger l’animal jusqu’à ce qu’il reste immobile aussi longtemps que nous le souhaitons.
« Pendant le toilettage, le chien est continuellement exposé à des stimuli sonores, chimiques et tactiles qui sont souvent peu familiers, désagréables ou même douloureux ».

toilettage pour chiens conseils (4)Laissez le chien s’adapter à son environnement avant de démarrer le toilettage

Pour les chiens, il est extrêmement difficile de s’adapter à de tels environnements. Un chien ne sait pas pourquoi il doit être toiletté, ne comprend pas pourquoi son maître le laisse dans un endroit hostile où il doit rester assis pendant des heures alors qu’il permet à un étranger d’effectuer une foule de procédures qu’il redoute. Pour de nombreux animaux, la manipulation physique est un processus invasif qu’ils préféreraient ne pas subir. Pour la plupart, les stimuli tactiles, sonores et autres (contact avec les peignes, ciseaux, tondeuses, séchoirs ou coupe-ongles) constituent un réel problème. Si l’on ajoute à cela le fait qu’ils se trouvent dans un endroit sans échappatoire rempli d’autres animaux stressés, on comprend pourquoi le toilettage, s’il n’est pas effectué en douceur, peut devenir une véritable torture.

Ce point de vue nous permet de nous mettre à la place du chien, de considérer le stress, la peur qu’il ressent lorsqu’il doit subir ce processus. L’empathie est la première étape, l’épine dorsale d’une manipulation douce réussie. La deuxième étape consiste à avoir une connaissance approfondie du comportement canin, un sujet que nous aborderons dans les prochains conseils de ce document.

2. APPRENDRE À RECONNAÎTRE LE STRESS ET LA PEUR QUE PROVOQUE LE TOILETTAGE

Les principales causes des problèmes de comportement canin auxquels nous sommes confrontés lors du toilettage sont le stress et la peur. Peur de l’environnement, peur des odeurs que l’homme ne peut percevoir, peur des sons et de la perception de l’état émotionnel des autres chiens qui peuvent être présents sur le lieu de travail, peur d’être attaqué par ces autres animaux et par les personnes effectuant le toilettage. Nombre de ces peurs peuvent représenter un réel danger pour le chien.

Nous pouvons en voir un exemple dans les formes de manipulation coercitive qui sont encore fréquemment utilisées : l’utilisation de colliers coulissants (qu’il s’agisse de cordes coulissantes ou d’autres types de matériaux qui appuient sur le cou du chien et provoquent une suffocation), l’utilisation de corrections physiques (toucher le chien, manipulation brutale qui l’oblige à rester immobile, coups sur le museau ou sur la tête…) et l’utilisation de corrections verbales (crier « non !  » ou émettre d’autres sons qui précèdent une punition et sont destinés à faire figer le chien), tous ces éléments sont vécus par le chien comme une agression de la part du toiletteur et sont donc une cause puissante de la peur que le chien peut ressentir pendant le processus de toilettage.
« La peur de l’environnement, des odeurs que l’homme ne peut percevoir, des sons et la perception de l’état émotionnel des autres chiens éventuellement présents ».
Afin de gérer le chien avec bienveillance dans ce contexte, il est essentiel d’apprendre à reconnaître le stress et la peur. L’éthogramme de peur, de stress et de relaxation du chien contient une centaine de comportements qu’un styliste canin doit connaître sur le bout des doigts. Beaucoup de ces comportements sont subtils, et peuvent être des signaux importants qui nous permettent de modifier notre gestion pour éviter les moments de crise.

Les différentes manifestations de la peur chez le chien

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienUn comportement courant de peur et de stress est « l’évitement ». Le manipulateur manipule l’animal qui détourne la tête et le regard. C’est une façon d’éviter le contact avec des stimuli ou des personnes qui sont aversifs ou perçus comme un danger.

Un autre comportement de peur courant est le « gel ». Lors d’un séminaire auquel j’ai assisté sur le maniement des chiens dans les concours de toilettage, l’orateur a amené un chiot whippet à la table de toilettage. Le chiot s’est figé et a laissé le dresseur le manipuler sans bouger un seul muscle pendant tout le processus. C’était l’exemple d’un chiot effrayé, qui n’osait pas réagir, ni même bouger, par peur des conséquences ou du contexte. Les chiens qui ont été dressés à l’aide de corrections et de punitions présentent souvent ce comportement : ils restent immobiles pendant le toilettage parce qu’ils ont appris que c’est le seul moyen d’éviter les stimuli douloureux et l’agression.

Adopter des postures basses, faire face à d’éventuelles voies de fuite, se lécher les lèvres ou le museau, bailler, trembler, s’asseoir ou cacher des parties du corps pour éviter d’être manipulé sont des exemples de comportements de peur et de stress qui se produisent fréquemment pendant une séance de travail. Un autre comportement qui n’est généralement pas reconnu comme du stress est le sommeil. Pour de nombreux stylistes, dormir est un comportement lié à la relaxation. Cependant, dans un contexte où nous ne laissons aucune option au chien, où nous le forçons à participer à une longue séance de toilettage, sans enrichissement environnemental à sa disposition et sans autre forme de divertissement ou d’aide pour soulager le stress, dormir peut représenter un moyen d’échapper à la situation et d’occuper le temps en faisant le seul comportement qu’il est autorisé à faire.

« Reconnaître les comportements subtils de peur et de stress nous permet de surveiller l’état émotionnel du chien pendant le toilettage ».
Reconnaître les comportements subtils de peur et de stress nous permet de surveiller l’état émotionnel du chien pendant le toilettage. Elle nous aide également à appliquer des stratégies préventives pour éviter que le stress ne devienne plus intense. Un chien stressé ou effrayé, en plus des comportements décrits ci-dessus, peut trembler, vocaliser, déféquer ou uriner sur la table de toilettage. Le chien peut également tenter de s’échapper et d’éviter le contact avec le styliste au point de rendre la manipulation impossible. D’une part, un animal dans cet état nous indique que nous avons échoué dans la manipulation : un chien qui atteint un moment de crise nous communique que le processus de toilettage tel que nous le pratiquons lui est très nuisible. En revanche, un animal en crise est généralement incapable de coopérer, ce qui empêche le styliste de faire son travail.

Les problèmes de comportement dans le contexte du toilettage sont un indicateur du niveau de stress de l’animal et de son besoin d’aide. La façon de réduire ces problèmes est de faire en sorte que le chien se sente en sécurité, de changer le contexte pour qu’il ne soit pas aussi agressif, d’éliminer complètement l’utilisation de colliers ou de laisses et les corrections, et d’assurer une communication fluide et honnête, où l’on se soucie vraiment de son bien-être, pour lui montrer qu’il n’a rien à craindre des personnes qui le manipulent. Cela ne se fait pas en une seule séance de travail, mais nécessite de la patience, de la flexibilité et un large éventail d’outils visant à procurer du bien-être, dont nous allons parler dans les conseils suivants.

3. APPRENDRE À RECONNAÎTRE L’AGRESSIVITE PENDANT LE TOILETTAGE

Il est normal qu’un chien manifeste un comportement agressif pendant le toilettage, tout comme il est normal d’observer un comportement craintif et stressant. L’agressivité n’est pas une chose négative, et il n’est pas conseillé de viser l’éradication complète de tout comportement agressif chez le chien. D’une part, beaucoup de ces comportements ne posent pas de problème au styliste, d’autre part, les comportements moins agressifs sont une source précieuse d’informations qui nous permettront de créer des stratégies de manipulation sûres pour chaque individu.

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienToucher la main avec le museau, lancer un regard ou mordre la laisse sont des exemples de comportements agressifs qui ne représentent pas un danger pour le styliste. Le chien indique seulement qu’il ne se sent pas bien dans ce contexte. D’autres comportements tels que la recherche d’un contact visuel direct, le regard fixe et la posture frontale vers le styliste sont des comportements agressifs qui peuvent indiquer qu’une agression plus intense va suivre.

Evitez la morsure

D’autres comportements agressifs moins fréquents mais très importants sont ceux liés à la morsure. Pendant le toilettage, un chien peut mordre de manière inhibée dans certains cas (sans pénétrer la peau) ou de manière désinhibée, en essayant réellement de nous faire mal. L’apparition de ces comportements est un indicateur de niveaux élevés de stress. Un chien qui essaie de nous faire du mal est un chien désespéré, qui se sent en danger, que nous n’avons pas écouté lorsqu’il a essayé de nous faire comprendre que la situation était trop difficile pour lui. C’est un animal qui ne peut pas s’enfuir et qui n’a pas d’autres outils pour se défendre. Cela nous indique que nous devons modifier certains éléments de la gestion pour éviter que le chien ne revienne à un moment de crise lors des prochaines sessions.

L’éthogramme des comportements agonistiques décrit environ soixante-dix comportements agressifs chez le chien. Savoir comment les identifier sera la clé pour prévenir les situations dangereuses. La connaissance de l’éthogramme permettra également une gestion moins invasive, car nous pourrons prédire les situations d’agression intense et les éviter, ce qui rendra inutile l’utilisation de corrections ou de contraintes physiques sévères pour empêcher le chien de mordre.

4. UTILISER DES TECHNIQUES DOUCES DE MANIPULATION DES CHIENS

Les chiens sont très sensibles à l’environnement qui les entoure et à l’interaction avec les gens. La façon dont vous vous comportez, le ton de votre voix et votre langage corporel sont des éléments clés qui peuvent contribuer à ce que le chien se sente en sécurité et donc à une séance de toilettage douce et réussie. L’objectif principal d’un toiletteur doit être de minimiser les sources de stress, de sorte que les problèmes de comportement diminuent et que la capacité à coopérer s’améliore.

toilettage pour chiens conseils (2)Pour minimiser les sources de stress, l’empathie est la première étape. Vous savez qu’une paire de ciseaux, une machine à déshabiller ou un espace restreint ne sont pas de vrais problèmes, ce sont juste des éléments que le chien perçoit comme un danger. Un chien ne perçoit pas le monde de la même manière qu’une personne. Pour être vraiment doux, nous devons nous mettre à sa place et voir le monde comme lui. Ne vous demandez pas pourquoi il craint certains sons, pourquoi il trouve les manipulations désagréables, ou pourquoi il vit une coupe de cheveux comme une expérience terrifiante. Entraînez-vous à identifier les sources de stress et à réagir en conséquence, en regardant le monde du point de vue canin.

Le chien doit comprendre où il met les pieds avant même le début du toilettage

Pour minimiser les sources de stress, la séance de toilettage doit être prévisible pour le chien. Montrez-lui les outils de travail et permettez-lui de les explorer avant de les utiliser. Allumez la douche pour le bain et mettez en marche le sèche-linge ou la machine à toiletter loin de l’animal afin qu’il puisse percevoir les sons et autres stimuli provoqués par ces outils avant d’interagir directement avec eux. Montrez vos mains ouvertes, paume vers le haut, et offrez la possibilité de les explorer. Parlez sur un ton et des gestes amicaux. Faites des mouvements spontanés et offrez un contact visuel au chien. Ainsi, le chien peut surveiller votre état émotionnel et vos intentions, ce qui vous aide à gagner en confiance et vous donne un certain contrôle sur ce qui se passe pendant l’interaction avec vous.

La manipulation physique doit être réduite au minimum et viser à demander au chien ce que vous voulez et non à imposer une restriction à chaque moment du travail. Par exemple, si vous devez prendre une patte pour accéder à l’aisselle, ne la saisissez pas avec votre main, mais placez plutôt la patte sur votre paume, une retenue moins aversive, et travaillez à ce que le chien soit prêt à coopérer et à vous permettre de manipuler sans le forcer physiquement à rester dans une certaine position. La manipulation ne devrait pas être surprenante. En reprenant l’exemple de la patte, vous devez tendre la main et toucher l’arrière de la patte du bout des doigts avant de la soulever. C’est une façon de faire savoir au chien ce qui va se passer ensuite.

« Un chien ne perçoit pas le monde de la même manière qu’une personne ».

Chez un animal particulièrement réactif, commencez la manipulation par le haut de l’arrière-train, afin qu’il puisse percevoir les stimuli auxquels il sera soumis sans qu’ils soient trop proches de la tête. La tête est la région du corps où se trouvent la plupart des organes sensoriels (oreilles, yeux, museau, moustaches, etc.). Il est donc souvent particulièrement difficile pour un chien effrayé d’accepter que des stimuli nouveaux ou perçus comme dangereux soient approchés de sa tête. Si l’interaction avec l’arrière-train pose problème à un chien, vous devez changer de stratégie et essayer des alternatives moins stressantes, comme commencer par les côtés ou les épaules. La zone ano-génitale, l’aine et les coussinets sont également des zones sensibles que vous devez manipuler avec douceur et patience, car il est normal que le chien essaie fréquemment d’éviter tout contact avec ces zones.

Une autre façon d’aider le chien à faire face à des sons ou à des stimuli tactiles qui lui répugnent est de placer votre main comme une barrière entre sa tête et l’objet sur lequel vous travaillez. L’objectif est de protéger les zones sensibles du chien afin que le problème soit moins important. Vous pouvez également minimiser l’intensité de ces stimuli pour les rendre moins agressifs. Par exemple, si vous devez mouiller la tête, vous pouvez le faire en utilisant vos mains pour transporter l’eau et la faire tomber doucement sur les zones sensibles plutôt que de diriger la douche directement sur le visage.

Il est essentiel que vous soyez en mesure d’interpréter le comportement canin de manière appropriée, afin de pouvoir proposer des pauses à des moments clés si l’animal communique qu’il est trop stressé. Ces pauses ne doivent pas signaler au chien que le toilettage est terminé, mais doivent constituer une courte pause, sans mettre l’animal au sol ni lui faire comprendre que la séance est terminée. Les pauses peuvent être contre-productives si le chien les perçoit comme la fin du toilettage, car le niveau de stress augmentera beaucoup plus si nous recommençons ensuite de manière inattendue.

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienIl peut également être utile d’arrêter de manipuler une partie du corps et d’alterner avec une autre partie du corps si vous trouvez que vous travaillez trop longtemps sur une zone particulièrement sensible. Demander l’aide du propriétaire pour tenir le chien, utiliser de la nourriture, des jouets, ou travailler en équipe, avec une deuxième personne chargée de contrôler physiquement l’animal, sont d’autres stratégies qui nous permettent de maîtriser un chien qui manifeste des problèmes de comportement pendant la séance de travail.

Il existe des animaux pour lesquels ces outils ne seront pas suffisants. Les chiens trop effrayés, ou qui ont vécu des expériences difficiles liées au contexte du toilettage (par exemple s’ils ont participé à des concours de beauté et ont été dressés avec des méthodes traditionnelles). Je parle des chiens qui sont dans un état de panique permanent dès le début de la séance, qui ne se laisseront pas convaincre par des mots doux ou des friandises. Ce sont eux qui ont le plus besoin de notre aide.

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienIl n’est pas conseillé de travailler avec un animal en crise. Un animal qui tente par tous les moyens d’éviter les manipulations, qui essaie de s’échapper, qui vocalise intensément ou qui vous attaque, ne devrait pas être forcé de participer à une séance de toilettage qui le terrifie. Dans ces cas-là, il est suggéré d’interrompre la séance et de proposer au propriétaire de suivre un processus de rééducation comportementale avant de soumettre le chien à nouveau à nos services. Le processus de récupération doit se faire en travaillant en équipe avec un formateur compétent, qui n’utilise pas la coercition, les corrections ou les punitions.

Tout d’abord, il est nécessaire d’améliorer l’état émotionnel du chien et de prévoir la présence d’une personne de référence dans le processus de toilettage. Une personne de référence est quelqu’un que le chien connaît, en qui il a confiance et avec qui il se sent en sécurité. Cette personne peut être le propriétaire ou une personne qui travaille avec le styliste et qui a l’intention d’établir ce type de relation avec l’animal. Tout ceci doit se dérouler en dehors du contexte du toilettage, afin que le chien puisse rester détendu et intéressé à participer aux activités proposées par cette personne. Des activités saines et agréables dans des contextes que le chien perçoit comme sûrs amélioreront sa capacité à coopérer et l’aideront à établir une bonne relation avec une personne qui pourra lui servir de référence à l’avenir. Au fur et à mesure que la rééducation progresse, le styliste peut introduire progressivement des éléments de toilettage, en surveillant toujours l’état émotionnel du chien et en étant prêt à arrêter le toilettage si nécessaire. (cas de Lucky ; cas de Champi).

La rééducation comportementale est un processus délicat, qui nécessite des connaissances, de la patience, de la souplesse et d’autres outils que nous aborderons dans les prochains conseils. Le grand avantage de cette méthode de travail, en plus d’améliorer considérablement la qualité de vie de l’animal, est que vous serez en mesure de prévoir le chien, de le connaître et de le comprendre. Cela vous permettra de travailler en toute sécurité, sans craindre des épisodes inattendus d’agressivité ou d’autres problèmes comportementaux imprévisibles.

5. TOILETTEZ EN DOUCEUR : TENEZ COMPTE DES BESOINS DU CHIEN.

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienChaque chien est différent, avec des préférences, des besoins et des craintes différents. Pour certains, l’interaction avec leurs pairs est particulièrement difficile. Pour d’autres, l’interaction avec des inconnus est particulièrement difficile. Il y a des chiens qui acceptent d’être manipulés jusqu’à ce que vous mettiez en marche la machine à décaper et qu’ils commencent à réagir par peur du bruit ou du contact, il y en a d’autres qui ont particulièrement peur du sèche-cheveux ou du bain. Il y en a qui ont peur de tout et n’osent réagir à aucun stimulus. Très peu sont détendus pendant le toilettage (personnellement, je n’ai jamais rencontré un chien qui soit complètement détendu dans ce contexte). Pour être doux, il faut tenir compte des limites et des peurs de chaque animal et élaborer des stratégies de manipulation qui lui permettent de rester suffisamment détendu pour coopérer.

Il existe trois groupes de chiens avec lesquels l’interaction peut être particulièrement difficile : les chiens phobiques, les chiots et les chiens âgés. Nous devons accorder une attention particulière à la manière dont nous travaillons avec eux. Il est essentiel de fournir des contextes, des pauses et des aides appropriés pour chacun de ces groupes. Les chiens et les chiots phobiques peuvent être particulièrement sensibles aux stimuli auxquels ils seront exposés et seront donc également particulièrement réactifs. Les chiens âgés, même s’ils ne présentent pas de problèmes de comportement liés à l’âge, ont des besoins particuliers que le styliste doit prendre en compte si l’on veut les manipuler en douceur.

Ne négligez pas leur peur de l’eau

Les chiens phobiques sont ceux qui ont tendance à réagir à l’environnement par la peur. La fréquence et l’intensité des comportements de stress et de peur sont plus élevées chez ce type de chien. C’est pourquoi ils ont des exigences plus élevées que les autres chiens. Ils auront besoin de beaucoup de soutien et d’un environnement aussi peu stressant que possible. Dans le cas des animaux pour lesquels le toilettage n’est pas une condition indispensable à la santé, il est préférable que le chien suggère à son propriétaire de ne pas se toiletter du tout. Dans le cas des chiens qui ont besoin d’un toilettage pour rester en bonne santé physique, l’idéal est qu’ils aient toujours une personne de référence présente pendant la séance pour les surveiller pendant que le styliste travaille. Un chien phobique aura également besoin d’aide en dehors du salon de toilettage. L’entraînement au clic, les promenades dans des environnements sains ou l’interaction avec des personnes ou des chiens qui les font se sentir bien peuvent contribuer à réduire leur réactivité aux procédures qu’ils subiront pendant le toilettage. L’aide d’un dresseur compétent, qui travaille en douceur, peut améliorer la capacité d’un chien phobique à coopérer.

« Pour être doux, il faut prendre en compte les limites et les peurs de chaque animal et élaborer des stratégies de manipulation qui lui permettent de rester suffisamment détendu pour coopérer. »
Les chiots, en revanche, nécessitent une attention particulière quant à l’intensité des stimuli auxquels ils sont soumis et à la durée des premières séances auxquelles ils participent. Pour eux, tout est nouveau, inconnu, étrange. De nombreuses procédures simples, comme un brossage doux, peuvent leur sembler terrifiantes. De nombreuses procédures complexes (démêler des nœuds ou les bruits des différents équipements de travail) peuvent créer des traumatismes qui se manifesteront sous la forme de problèmes de comportement tout au long de leur vie. Il est recommandé de commencer par des séances courtes, de quelques minutes, au cours desquelles vous effectuez très peu de procédures de toilettage proprement dites. Vous pouvez ensuite essayer des procédures isolées, comme la tonte ou le brossage d’une zone spécifique. Le chiot sera aidé par la présence d’un modèle qui lui donne également l’occasion de faire quelque chose qu’il aime après une séance de toilettage. L’idéal serait que cette personne de référence soit un membre de votre propre famille.

Les chiens âgés ont des besoins différents de ceux des groupes mentionnés ci-dessus. Ils peuvent souffrir de douleurs articulaires, de cécité, de surdité ou d’une autre affection. C’est pourquoi il est conseillé de proposer au propriétaire des procédures simples, impliquant des séances de toilettage courtes et peu stressantes. Par exemple, pour un chien de race, qui nécessite un coiffage laborieux d’un point de vue esthétique, il est conseillé de faire une coupe à la machine pour éviter les séances très longues, pour autant que son pelage et sa race le permettent. Cela contribue à améliorer leur santé et n’est pas régi par des normes esthétiques, mais par des normes de bien-être.

Ensuite, il y a les chiens qui sont agressifs pendant le toilettage. L’agressivité n’est qu’une autre façon de manifester la peur et le stress. Un chien agressif aura donc tout autant besoin d’aide qu’un chiot ou un chien au comportement craintif. La clé d’un toilettage sûr est de reconnaître les comportements agressifs subtils, ce qui permet au styliste de prévenir et d’éviter les situations de crise, où les comportements agressifs sont plus intenses et plus fréquents. Comme pour les chiens phobiques, avec les animaux agressifs, il est essentiel de fournir les contextes et les interactions les moins stressants possibles, afin que le chien ne perçoive pas la situation comme un danger et ne ressente pas le besoin de se défendre. Il est conseillé d’éviter l’utilisation d’une muselière, car ce type de contention peut provoquer un stress et donc augmenter la probabilité qu’un animal agressif entre en crise. Si la muselière est nécessaire à un moment isolé de la procédure, il faudrait idéalement apprendre au chien à utiliser la muselière dans un contexte détendu (par exemple, une séance de formation au clicker), puis l’intégrer au toilettage par la suite.

Toilettage – Le défi des chiens à poils longs

Toilettage Canin – 6 conseils pour réussir la toilette de votre chienLes chiens à poils longs peuvent également représenter un défi pour le toiletteur. Ils nécessitent souvent de longues séances de toilettage qui peuvent impliquer de brosser les poils emmêlés de nombreuses zones du corps. Dans ces cas, il est conseillé de proposer de couper tous les nœuds, afin que le chien souffre moins du stress. S’il n’est pas possible de couper les nœuds sur tout le corps, il convient de couper les zones les plus sensibles, comme les pattes, la zone anus-génitale et l’aine. Retirez autant de nœuds que possible avant de commencer à démêler. Commencez à démêler les zones séparées, en séparant les petites mèches. Entraînez-vous à l’utilisation de la cardeuse et utilisez des produits qui facilitent le processus de démêlage (tels que des huiles ou des après-shampooings). Veillez à ne pas tirer sur les cheveux, car cela peut être douloureux. Commencez à démêler des zones séparées, de façon à ce qu’une zone soit exempte de nœuds avant de commencer la suivante, ce qui permettra de moins tirer et d’accélérer le travail. Pour plus d’informations sur la manière de démêler les nœuds en douceur, lisez « Happy knots ».
« Gardez à l’esprit que les chiens à poils longs ont une vie au-delà du salon de toilettage. (…)Bien qu’il soit plus exigeant pour l’entretien de son pelage, un chien à poil long a besoin de courir, de jouer, de marcher sur l’herbe, de creuser ou de nager. »
N’oubliez pas que les chiens à poils longs ont une vie au-delà du salon de toilettage (ou, du moins, ils devraient). Bien qu’il soit plus exigeant pour l’entretien de son pelage, un chien à poil long a besoin de courir, de jouer, de marcher sur l’herbe, de creuser ou de nager. Ces activités contribuent à leur santé psychologique et font partie des exigences de leur vie. Proposer aux propriétaires de chiens à poils longs des stratégies permettant au chien d’adopter tous ces comportements, quelles que soient les caractéristiques de son pelage. Recommandez de garder le pelage du chien court si nécessaire.

6. SOYEZ PATIENT AVEC VOTRE CHIEN

Au cours d’une séance de travail, la patience vous aidera à faire face aux chiens qui tentent constamment d’éviter les manipulations ou de s’échapper. Il vous permettra également d’interagir de manière intelligente avec les chiens agressifs, sans confrontation, en proposant des pauses, des solutions de déstressage, des alternatives. La patience vous permettra de faire preuve d’empathie et de trouver des solutions douces pour répondre aux problèmes de comportement.

Bien qu’il soit plus confortable pour le styliste de travailler avec un chien immobile, il est essentiel que le chien exécute des comportements qui lui permettent de communiquer et d’évacuer son stress, tels que se secouer, éternuer, renifler sa propre zone anus-génitale, s’asseoir, se lécher… il doit également être libre d’exécuter des comportements qui communiquent son inconfort, tels que toucher la main ou la laisse avec le museau. Lécher le visage du styliste ou du soigneur pendant le toilettage peut être une façon de demander de l’aide. Il est impératif que vous réagissiez avec gentillesse à ces comportements. Offrez des pauses qui permettent à l’animal d’effectuer les comportements mentionnés ci-dessus, parlez-lui, soyez cohérent avec ce que le chien communique. Même s’il ne comprend pas le langage articulé, le chien est capable de tirer des informations du ton de votre voix et de vos mots. Il est important qu’il sache que vous l’écoutez, que vous prêtez attention à ses besoins et à ses craintes. Il s’agit d’une manière de rassurer et de soutenir.

Dans le contexte du toilettage, j’ai travaillé avec des personnes qui, bien qu’elles n’utilisent pas de corrections physiques, essaient constamment de convaincre le chien de rester immobile. Si le chien bouge, s’il adopte un comportement indésirable, ils le remettent à sa place, lui disent de ne pas le faire ou le récompensent s’il reste immobile. C’est une façon d’ignorer complètement la relation que nous avons avec l’animal et ce que le chien essaie de nous dire. Il peut être très difficile pour le chien d’interagir avec des personnes qui ne se soucient pas de son humeur, surtout dans un contexte où il n’y a pas d’autre solution que d’abandonner l’interaction. Bien que nous ne puissions pas arrêter complètement le toilettage, il est essentiel que nous maintenions la communication et que nous soyons en mesure de surveiller et de réagir à l’humeur de l’animal à tout moment.

« Il est important qu’il sache que vous l’écoutez, que vous prêtez attention à ses besoins et à ses craintes. C’est une façon de rassurer et de soutenir. »

La deuxième raison pour laquelle la patience est nécessaire concerne les chiens qui ont besoin d’une rééducation comportementale. Si le chien entre en crise (s’il tente désespérément de s’échapper, s’il vocalise intensément, s’il évite activement le contact physique avec le styliste ou s’il vous agresse), vous devez immédiatement quitter la séance de travail et expliquer au propriétaire la nécessité de travailler en équipe avec un éducateur qui aidera à améliorer l’état d’esprit de l’animal.

Pour améliorer un chien dans cet état, il est nécessaire de travailler sur le problème en dehors du problème. Autrement dit, vous devez changer la vie du chien en dehors du salon de toilettage avant de lui demander de coopérer avec vous pendant une séance de travail. Un animal à problème qui a vécu des expériences difficiles, liées ou non au toilettage, peut être particulièrement réactif. Par exemple, les chiens qui ont été dressés avec des colliers étrangleurs, à pointes ou électriques, qui sont constamment corrigés, traités de force, soumis. Un autre exemple est celui des chiens qui ont été isolés du monde, qui ne quittent pas leur maison, ou qui vivent en cage, et qui peuvent percevoir tout ce qui les entoure comme un danger potentiel. Dans les deux cas, une interaction saine avec le monde en dehors de la séance de toilettage sera la clé pour constater une amélioration du comportement du chien. Cette amélioration n’est pas forcément rapide et dépend de nombreux facteurs au-delà de l’interaction avec le styliste. Cependant, pour apporter du réconfort au chien, il est essentiel de respecter son temps et de lui proposer les bonnes solutions pour qu’il se sente bien. Cela vous permettra par la suite de gérer plus facilement le chien lors de son interaction avec vous.

Le toilettage doux demande du temps, des ressources, un surplus d’énergie et une connaissance du comportement canin. Le styliste devra établir un style de travail axé sur le bien-être du chien, ce qui exigera beaucoup de sacrifices. Mais, une fois que vous aurez mis ce système en place, vous aurez le grand avantage de travailler avec des chiens psychologiquement sains, stables, prévisibles… Vous aurez également des propriétaires intéressés par le bien-être de leur chien, qui tiendront compte de votre éthique professionnelle, la respecteront et la valoriseront.